Almost time to leave Cape Town...
Un dernier article avant de partir en vadrouille pour trois semaines de road-trip qui devraient clore de la plus belle façon ce séjour en Afrique du Sud, avant le retour vers Paris (arrivée prévue le 21 juillet, en même temps que le peloton du Tour de France sur les Champs-Elysées).
J'aurai tellement de choses sur lesquelles écrire, puisque je l'ai peu fait ces derniers temps. Trop de choses mêmes, je ne sais pas par où commencer. Alors je vais déroger à la règle que je m'étais fixée, un thème par article, et livrer quelques unes de mes expériences, remarques et réflexions qui me viennent à l'esprit.
Déjà, je suis une des rares « rescapées » encore présente au Cap. J'entends par là que la plupart des étudiants internationaux sont partis depuis plusieurs semaines maintenant. Assez surprenant pour moi que de voir que beaucoup, et surtout les américains, repartent aussitôt après la fin des examens. Vous êtes en Afrique du Sud pour peut-être l'unique fois dans votre vie, pourquoi n'en profitez-vous pas plus ? (sur ce point je dois dire que j'espère bien que mon départ de Cape Town ne sera pas définitif) Quand j'avais pris mes billets d'avions, j'avais regardé ma date de visa, et je ne savais absolument pas quand finissait le semestre à UCT. La majorité des étudiants regarde, elle, la date de fin du semestre : 7 juin. Parfait, rentrons le 8 ! Jessica (une de mes amies françaises ici) m'a même raconté que le semestre précédent, les examens étaient censés finir début décembre. Finalement, l'année s'est terminée mi-novembre et tous les américains ont alors changé la date de leur avion pour rentrer presque un mois plus tôt. Rentrer et être en vacances et retrouver tout le monde travailler et étudier. Pourquoi ne pas profiter de l'été austral ? Étrange, vraiment...
Bref, je suis encore là et bien là, maintenant toute seule dans une grande maison hantée (ce n'est pas une blague...ou presque). Je dors bien une nuit sur deux, les autres nuits étant dérangée par des bruits indéterminés venant de la rue et d'autour la maison, à toute heure de la nuit. Ah, Cape Town ! J'occupe la plupart de mon temps à rédiger mon cher mémoire, ce qui n'est pas très palpitant à raconter dans un blog, vous en conviendrez. En plus, il faut que je ménage le suspense des critères et processus de la patrimonialisation des objets (de) sportifs à ceux qui accepteront gentiment de relire quelques pages....
En dehors de ça, quelques virées au marché (Biscuit Mill et Greenmarket Square), car il faut quand même penser à vous ramenez des souvenirs, isn't it ? Plusieurs balades en ville, au soleil ou sous la pluie (la météo est très changeante), et une visite d'un musée passionnante : le Iziko Slave Lodge, ancienne résidence des esclaves qui travaillaient au Cap, ensuite devenu le bâtiment de la Cour Suprême au moment de l'abolition de l'esclavage. Il a été restauré et accueille maintenant un musée consacré à la mémoire de l'esclavage en Afrique du sud, très riche en informations (et globalement très bien muséographié vous dira la spécialiste des musées que je suis en train de devenir). En plus de l'exposition permanente qui permet de découvrir la place du Cap dans le commerce des esclaves, qui ne faisait pas partie du commerce triangulaire bien connu des collégiens et lycéens français, nous avons parcouru deux expos temporaires : une justement consacrée à la place de la France et de ses colonies dans le commerce triangulaire, à travers des photographies, et l'autre retraçant la vie d'Oliver Tambo. Il ne m'était connu qu'en tant que celui ayant donné son nom à l'aéroport de Johannesburg, et encore seulement depuis que j'ai réservé mon billet d'avion Jo'Burg-Cape Town pour la fin de mon voyage... Autant dire que j'ai beaucoup appris sur ce militant de l'ANC (le mouvement de libération contre l'Apartheid, aujourd'hui parti politique dominant), certes beaucoup moins connu que Nelson Mandela à l'international mais qui a œuvré avec sa femme sans relâche dans la lutte contre le régime de l'Apartheid, durant son exil britannique.
Tiens, Nelson Mandela, justement. C'est un peu le thème central du moment. Je vous assure que je n'y suis pour rien (je n'ai pas fait d'incantations spéciales devant l'hôpital de Pretoria), mais je considère comme une « chance » de pouvoir assister de façon assez proche aux réactions populaires aux nouvelles de son état de santé. Le pays (et les agenda des politiciens) est suspendu aux bulletins d'état de santé, un coup alarmiste, l'autre fois beaucoup plus rassurant. Hier, comme j'étais en ville et que malgré tout j'étais assez peu informée puisque je n'ai pas accès à internet dans ma nouvelle maison, j'ai acheté le Cape Times pour prendre la teneur médiatique du traitement des nouvelles. « A nation in suspense » disait la une. Ce qui est le plus frappant ici, c'est que pour beaucoup de sud-africains, Nelson Mandela était perçu comme un immortel. Ils ont toujours refusé de considérer l'hypothèse de son décès, le renvoyant dans le temps, notamment au sein de l'ANC. Il y a ainsi un déni de sa condition d'humain, « comme tout le monde », c'est à dire mortel. Bien que très malade depuis plusieurs années, les gens se plaisent à croire qu'il va réussir cette lutte supplémentaire, encore. Cela a été le cas jusqu'à présent, mais ne sera pas le cas indéfiniment, et il semble que la fin soit assez proche ces jours-ci. Mardi soir j'étais à un anniversaire où étaient présents des étudiants sud-africains et deux congolaises, vivant ici depuis plus de 15 ans. La discussion a rapidement tourné politique, et lorsque l'un d'eux a annoncé qu'il serait temps d'imaginer « l'après Mandela » une des congolaises a répondu « Non, dis pas ça, c'est horrible ». Mais c'est la réalité... Ces derniers jours, les tribunes se multiplient dans les médias visant à faire prendre conscience à la société de ce fait. Mais en même temps, à l'hôpital de Pretoria, les médecins font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir Mandela vivant le plus longtemps possible, alors qu'il est sous assistance respiratoire, qu'il ne peut quasiment plus ouvrir les yeux et ne parlent plus. Mon hypothèse est que le temps que les consciences soient imprégnées de la situation, on ferra tout pour le garder auprès de nous, auprès d'eux. Ensuite, il pourra terminer sa glorieuse vie et les sud-africains organiser des hommages chaleureux à travers le pays. Je me demande aussi qu'elle seront les conséquences pour l'ANC. Le parti, ultra-dominant, est beaucoup décrié. Mais il tire encore sa légitimité de son ancien statut de mouvement de libération et de la figure charismatique de Mandela. Une fois le chef spirituel parti, comment gérer cet héritage ? Le poids politique de l'ANC sera-t-il remis en cause, ce qui ferait certainement du bien à la démocratie sud-africaine sur le long terme ?
L'autre sujet du moment, c'est la visite de Barack Obama à Cape Town dans le cadre de sa première grande tournée africaine. Il doit délivrer son discours le plus important demain à UCT. Et devinez qui a été contactée par l'université pour faire partie des 20 étudiants internationaux qui aideront à l'organisation de la visite ? C'est bibi. Pas besoin de vous dire à quel point je suis dans un état d'excitation plus ou moins permanent depuis que j'ai reçu le coup de téléphone, mardi dernier. D'autant plus que je mesure concrètement la sécurité mise en place autour d'un tel événement : aucune info sur le lieu et les horaires où on doit se rendre disponible ne nous a été donnée jusqu'au dernier moment. Un vrai secret d'état.
Un peu moins sérieux et un peu plus « fun », j'ai profité de mon séjour capetonian pour tester le paragliding, ou parapente en bon français. Décollage de Signal Hill et atterissage à Sea Point ; entre temps, cinq minutes de vol tout en douceur pour admirer la ville et les montagnes, les vagues sous les pieds et le soleil chauffant le visage. Un bonheur ! Seul le prix m'a retenue de remonter et de refaire un tour... Après le saut à l'élastique et le parapente, le prochain sur ma liste est le saut en parachute je pense (mais j'ai encore un peu d'appréhension, d'où le fait que j'ai testé le parapente avant).
Voilà, mon séjour d'étudiante au Cap s'achève ici, maintenant je deviens une touriste française pour trois semaines en bonne compagnie, on the road. De Cape Town à Jo'Burg et Pretoria, en passant par Stellenbosch, Port Elizabeth, Addo Elephant Park, Durban et le Drakensberg. Mes découvertes ne sont pas finies, et j'espère que malgré le rude temps hivernal nous pourrons profiter de belles journées sur la côte « indienne ».
Au fait ! Je me suis rendue compte que je ne vous ai toujours pas dit que Cape Town était surnommée « the Mother City ». Parce que c'est la ville la plus ancienne du continent africain, la maman de toutes les autres. Voilà, oubli réparé !