Garden Route : de Mossel Bay à Port Elizabeth (Road trip #3)
Mossel Bay
Au soir de notre deuxième jour du road-trip, nous avons pris la direction de Mossel Bay, la ville qui « ouvre » la Garden Route, cette région qui longe la côte sur quelques centaines de kilomètres, très verte. Arrivés de nuit, il nous a fallu attendre le lendemain matin pour découvrir la ville. Pas grand à y faire, si ce n'est le Bartolomé Dias Museum, l'attraction principale. Mossel Bay est en effet sur la route des navigateurs portugais qui ont fait le tour de l'Afrique pour se rendre vers l'Orient, et Dias a été le premier à s'y arrêter. Le musée, assez vieillot, est néanmoins intéressant : une reconstitution de la caravelle qui a navigué du Portugal à Mossel Bay en constitue le point d'orgue. Dans le parc qui offre une belle vue sur la plage de Mossel Bay se trouve la plus vieille poste du pays. Dans une chaussure au pied d'un arbre, les marins venus du Portugal s'arrêtant dans la ville déposaient leur courrier ; ainsi, ceux qui revenaient des Indes le récupérait et l'amenait au Portugal : ça permettait de gagner du temps. Du musée nous sommes descendues vers la plage pour admirer les dauphins qui sautaient dans les vagues à quelques dizaines de mètres du bord.
Knysna
Après avoir longé le littoral via George, Wilderness et Sedgefield, nous sommes arrivées à Knysna. Une grande agitation régnait au waterfront car se déroulait ce jour-là le festival de l’huître. La ville est située sur un lagon et est connue pour ses huîtres. En fait, l’huître est un prétexte à des animations en tout genre, comme du water-polo en kayak et du golf dans le port. Une pause pique-nique bien agréable au soleil, avant de faire le tour des boutiques de souvenirs et de vider nos porte-monnaie. Nous avons repris la voiture pour atteindre les Heads, ces deux promontoires rocheux qui barrent l'entrée du lagon. Une sacrée aventure que de se garer là-bas, dans un parking minuscule, en pente et à sens unique coincé au bord de la plage de galets. Quelques frayeurs plus tard et la voiture intacte, nous avons pris le chemin panoramique pour avoir une vue sur l'océan, la plage en contrebas et le lagon à l'horizon. La beauté de la vue valait le coup d'avoir persévéré face aux difficultés d'accès !
Plettenberg Bay
Comme tous les backpackers de Knysna étaient complets en raison du festival (et du marathon qui se courrait ce jour-là dans le cadre du festival), nous devions rejoindre la ville balnéaire suivante, Plettenberg Bay pour y dormir. Tous les guides mentionnent un hôtel moche qui a été construit en hauteur de la plage, et qui défigure le paysage ; pourtant, nous n'avons pas vu cet hôtel. Nous sommes descendues à la plage à pied depuis notre backpacker (une des rares fois où je me suis vraiment baladée de nuit en Afrique du sud!) pour manger au restaurant de la plage que nous avions repéré dans le Guide du Routard (notre bible). Nous avons alors fait l'expérience d'être des touristes françaises dans une ville qui, au milieu de l'hiver, est quasiment dépeuplée : à 20h30, la cuisine était quasiment fermée, notre serveur a passé la soirée à nous presser (de finir notre assiette, de boire nos verres de vins, de commander les desserts, de payer l'addition, etc) et nous avons quitté le restaurant en bonnes dernières, alors qu'une partie du personnel était déjà prête à rentrer chez soi. De retour au backpacker à 22h, non sans quelques coups de stress de se trouver toutes seules dans des quartiers résidentiels absolument non éclairés (et malgré notre hôte qui nous avait certifié que c'était sans danger), nous pensions passer un peu de temps au bar. Mais, surprise supplémentaire, il était déjà fermé ! Et les deux allemandes avec qui nous partagions le dortoir dormaient déjà : nous n'avons pas eu le choix que de rester dehors pour discuter. Bref, Plettenberg Bay est une ville assez vide en hiver et sans gros intérêt touristique, mais le cadre du backpacker était agréable pour une courte pause.
Tsitsikamma Park
Le lendemain, direction le Tsitsikamma Park, où je mettais aussi déjà rendue au début du semestre (comme à Knysna et Plettenberg Bay) et que j'avais adoré. Je n'ai pas été déçue d'y retourner : je crois même que ça a été encore mieux. Nous avons commencé par la courte randonnée entre plage et forêt qui se rend au pont suspendu au dessus de l'embouchure de la Storms River. Ensuite, après avoir longuement admiré le déferlement des vagues sur les rochers, d'une ampleur que j'avais rarement vue, nous sommes parties pour une deuxième randonnée qui s'enfonçait dans la forêt, en surplomb de l'océan, au milieu d'essences exotiques comme le Yellowwood. En redescendant, nous admirons le large, et nous apercevons des ombres noires à quelques centaines de mètres... des baleines ! Nous nous sommes alors arrêtées sur un banc pour contempler leur spectacle, encore plus spectaculaire qu'à Hermanus : les queues sortaient bien plus nettement de l'eau et les souffles et les sauts ont été beaucoup plus nombreux. Nous étions scotchées et seule la venue des dassies tout près de nous pouvait nous détourner des baleines pour quelques secondes. Je crois qu'il est difficile de raconter une telle expérience pour en transmettre la teneur ; mais le vivre est magnifique, et il est fascinant d'essayer de suivre le mouvement de ces énormes mammifères pour deviner le prochain endroit où ils apparaîtront.
Nous avons, avec regrets, quitté ce cadre sublime (vraiment ! définitivement un de mes endroits préférés d'Afrique du sud) pour mettre le cap sur notre backpacker, dans le village de Storms River, à quelques kilomètres de là. Un peu fatiguées par cette journée au grand air, nous avons profité de notre dortoir privatif (personne d'autre ne l'occupait cette nuit-là) pour se reposer, avancer nos cartes postales, écrire nos journaux de voyage respectifs, lire... (tout comme au moment même où j’écris, avec une semaine de retard, dans le Drakensberg) avant de descendre manger le délicieux curry au poulet que l'on nous avait préparé. Quelques parties de babyfoot au bar du backpacker et franches parties de rigolade, accompagnées de bonne musique, et d'un peu de bière et de tasses de thé, nous avons rejoins notre dortoir.
Port Elizabeth
Dernière étape sur la Garden Route le lendemain, Port Elizabeth (ou PE pour les intimes/locaux comme moi), le port qui « clôt » la Garden Route. Une ville qui est présentée comme étant assez peu safe, donc nous étions sur nos gardes. Après avoir tourné un peu au sortir de l'autoroute et réussi à nous garer dans un parking sécurisé, nous avons marché le long de la Govan Mbeki avenue, l'artère principale de la ville, très animée avec ses multiples magasins vendant de tout, et ses petites échoppes proposant légumes et objets plus ou moins artisanaux. Nous avons grimpé sur les hauteurs de la ville, où se trouvent un parc très joliment aménagé, avec une promenade ponctuée de citations de Nelson Mandela, qui permettent, années après années, de reconstituer l'histoire de la lutte contre l'Apartheid. En fait, la ville appartient à la Nelson Mandela Bay Municipality, et à ce titre est le cœur de programmes de développements auprès des communautés défavorisées autour de la personnalité de Mandela. Sur la promenade nous avons trouvé des messages laissés par les habitants à leur ancien chef d’État, qui y exprimaient leurs remerciements et leurs souhaits de le voir se rétablir rapidement. Le parc est bordé d'un côté par une rue toute entière faite de maisons blanches identiques, les plus vieilles de la ville. De l'autre côté s'étend une zone assez étrange, où se juxtaposent belles maisons victoriennes et bâtiments complètement laissés à l'abandon. Au bout, un fort qui domine la ville, le port et l'autoroute. Nous avons visité l'intérieur d'une des anciennes maisons autrefois propriété d'une riche famille victorienne : le mobilier laissé en l'état en était la preuve. On y trouvait notamment deux magnifiques maisons de poupées, qui m'ont beaucoup rappelé la maison des playmobils ! Enfin, nous avons fait un tour dans une sorte de marché qui vend plein d'objets d'artisanat de la région, notamment Zoulou, à des prix défiant toute concurrence, pour poursuivre nos achats de souvenirs à rapporter. Dans l'ensemble, PE est une ville à l'ambiance assez particulière, entre routes très animées et quartiers résidentiels désertiques, entre bâtiments historiques au charme indéniable (le City hall, la Public Library) et immeubles bétonnés gris... Pas spécialement beau dans l'ensemble, surtout avec l'autoroute qui coupe la ville en plein milieu, mais assez joli dans certains coins. Et à partir de ce moment-là, nous avons traversé des coins où apercevoir des blancs pouvait relever du défi : totalement différent de Cape Town donc, et conforme à tout ce que les sud-africains disent sur le pays, divisé entre le Western Cape et le reste. Du coup, on est beaucoup plus vite repéré comme touristes, ce qui est à double tranchant. Mais c'est finalement bien plus dépaysant que le Cap, car on se rapproche de l'image que l'on peut avoir des villes africaines. Je me suis rendue compte durant ce road-trip, notamment après être aussi passée à Durban, que Cape Town est une ville proche des villes européennes dans son organisation et son ambiance. Mais il ne faut quand même pas la qualifier trop vite et de façon abusive de ville « occidentale » je crois ; car même à CT on sent qu'on se trouve sur le continent africain.